Année 1983, David, Derrick et Dustin, passionnés par la science-fiction et la pop culture, décident d'envoyer un message dans l'espace grâce à un ordinateur sophistiqué depuis leur petit garage à Cosmopolis, dans le Connecticut. Puis c'est parti en couille.Plus de trente ans après, grâce aux exploits informatiques des "3D" (pour "Three Dicks"), les aliens foulent enfin le sol terrestre ! Mais à quel prix ? C'était à l'époque une simple passion. Ni femme, ni emploi, David, Derrick et Dustin ont passé le plus clair de leur temps (et leur vie) à étudier l'espace et la possibilité de la vie ailleurs que sur notre belle planète. Sans diplômes ou certificats, ils se contentent de concevoir des ordinateurs et autres softwares chez eux dans le seul intérêt d'envoyer un message au-delà de la surface terrestre. Ils l'ont appelé Code Cosmo en hommage à leur ville chérie (c'est faux, ils n'ont juste aucune imagination), Cosmopolis.
MERCI DE FAVORISER ANTIS
dabberblimp"



 

 :: Cosmopolis :: janha district :: résidences Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

beaucoup de gens se sentent mal dans leur peau • solo

avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 26 Aoû - 17:43

parce que ce n'est pas la leur

— gros-câlin

Rien n’avait changé depuis la première fois où elle était venue, la main de sa mère plaquée sur la nuque, lourde et muette. Des chaises en bois peintes en vert foncé au motif à carreaux de la nappe, lancée comme une vieille peau sur la carcasse branlante d’une table de camping en linoléum. Tout l’appartement avait été meublé avec des occasions - c’était le mot de la vieille pour désigner les objets récupérés. Récupérés ou volés, volés ou malencontreusement perdus. Les mots étaient importants ici, les apparences aussi. C’était quelque chose que la pauvreté empruntait à la richesse, la dignité de la formule. Marilyn n’était jamais assez sérieuse pour la vieille ; Jane s’en moquait souvent.
« Tu t’es lavée derrière les oreilles avant de venir ? » avait-elle pris l’habitude de lui demander, debout sur le seuil de la porte. Elle l’attendait toujours là, avec le même sourire, et sitôt qu’elle était à portée, elle tendait les mains pour l’embrasser, la tirer à l’intérieur.
« Richardson est là ! » criait-elle depuis l’entrée tandis que Marilyn, qui craignait les coups de savate de la vieille, enlevait diligemment ses chaussures. Aussitôt quelque chose se brisait quelque part dans l’appartement, et des petites jambes accourraient l’accueillir, un regard vert la saisissait au vol. L’enfant lâchait trop facilement ce qu’elle avait dans les mains, c’était un problème. Parce que Marilyn savait qu’elle leur coûtait régulièrement une assiette, elle leur achetait des services entiers tous les six mois dont Jane revendait tout, sauf les petites cuillères. Les petites cuillères allaient à l’enfant.
Des trois femmes qui l’élevaient, seule Marilyn comprenait la fascination qu’elle avait pour elles. De ça aussi, Jane se moquait.  
« Mama » pleurait toujours l’enfant, accrochée au pantalon sombre de son uniforme. C’était son alias, ici : un raccourci de Marilyn qu’elle trouvait malheureux, mais Jane refusait de lui apprendre autre chose. Mama, Jaja et Baba. Richardson trouvait le poème décevant.
Car l’enfant aimait dramatiser les retrouvailles, elle y mettait généralement court rapidement en lui donnant le cadeau qu’elle ne manquait jamais d’apporter - un énième poster de Spiderman dans une position peu flatteuse. Marilyn passait des après-midi entiers à chercher sur Internet des photos amatrices de Spiderman et à en récupérer les plus moches. C’était quelque chose qui faisait hurler l’enfant de joie. Un jour qu’elle avait essayé de lui en offrir une qui ne soit ni floue, ni mal cadrée, l’enfant n’avait pas compris quoi en faire. Marilyn avait fini par dessiner une cible dessus et à force d’entraînement, elle était capable de lancer une petite cuillère en plein centre. Elle développait ainsi les talents qui la rendaient la plus fière.
Elle regrettait juste de ne plus pouvoir voir une image de Spiderman, ou Spiderman lui-même, sans chercher du bout des doigts un couvert.
« Regarde-toi, on dirait un mort. »
La vieille ne savait pas s’empêcher de mentionner la mort dès les premières minutes de la conversation, dans un signe de croix et l’espoir vain de la conjurer. Elle la craignait presque autant que Marilyn se méfiait d’elle et de ses robes sans pli, droites et coupées en-dessous du genou. Elle ramassait ses cheveux dans une tresse dont elle se servait pour vous fouetter, fût le torchon hors de portée. C’est comme ça qu’elle vous aimait, disait Jane, et Marilyn la croyait car sitôt qu’elle frappait, ses yeux s’embuaient de remords. Quand Baba levait le bras pour gifler, c’était sa joue qu’elle tendait.
« Tu n’as pas honte de sortir dans ces habits ? »
Elle connaissait le sermon par cœur, mais elle ne se lassait pas de l’entendre, car c’étaient les mots qui la ramenaient à la maison. Mama, Jaja et Baba. C’était le titre d’un dessin épinglé sur le frigo où apparaissaient trois soleils. Le sien avait huit rayons.
Huit rayons, car Jane disait toujours qu’elle l’avait trouvée à huit ans dans une poubelle. L’enfant adorait l’idée de la poubelle, Richardson grognait faiblement. C’était un mensonge facile pour l’éloigner de la vérité, protéger le doux fleuve de son enfance ; pour que Mama reste Mama, l’ombre silencieuse qui assistait à toutes ses représentations de danse, qui ne détournait pas une seconde les yeux de la scène. Le croque-mitaine qui la félicitait chaque fois d’un trophée en plastique, l’alignait patiemment à côté des autres dans un casier en verre, puis bordait ses rêves. Elle était là depuis ses quatre ans, et l’enfant ne jurait que par elle.
Elle était là depuis ses quatre ans, et Marilyn n’aimait qu’elle.
Quand elle tournait dans la pièce, elle ne la quittait pas du regard.
« T’es pire que moi. » répétait Jane, en jouant avec une cigarette non allumée. Elle leur interdisait de fumer devant la gosse. « Et c’est même pas la tienne. Pourquoi t’es là, Richardson ? »
Il venait toujours un moment où Jane tremblait. Le froid, ou le souvenir.
« Pourquoi t’es revenue ? »
Le souvenir, sûrement. Celui de cette femme en tailleur ivoire, étrangère et trouble, qui avait assis un enfant à leur table. Le même âge qu’elle, mais pas la même peau, pas la même couleur.
« Voilà ce qu’il fait de ces rendez-vous d’affaires. » avait-elle lentement prononcé. « Regarde-la, Marilyn : chaque fois tu tombes de la poutre, c’est contre elle que tu perds. Regarde-la, j’ai dit. » Et elle avait levé son menton d’une main. « Tu sais ce que c’est, Marilyn ? » Les ongles avaient laissé des sillons rouges le long de son cou, le sanglot lui avait coupé le souffle, mais la larme n’avait pas traversé le tissu de son costume de coccinelle.  
« Pourquoi t’es revenue, Mama ?
- Je passais dans le coin.
- Te fous pas de moi ! »
Jane perdait toujours pied à des moments imprévisibles.
« Elle, elle...
- Elle n’est pas là, Jane.
- Elle a dit qu’elle nous tuera tous.
- Jane.
- Qu’est-ce que je fais si elle apprend pour la gamine ?
- Jane ! »
C’était sec, c’était Richardson. Ses yeux sombres, son carré parfaitement taillé. Les rides de sa colère.
« Je voulais pas de toi ici. J’ai pas eu le choix, crachait soudain Jane.
- Je sais.
- Si j’avais eu le fric...
- Je sais, j’ai dit.
- Ils m’ont donné ton numéro, mais j’aurais pas dû appeler. T’as le même regard qu’elle. »
Le silence retombait, pendant que Jane faisait cliqueter son briquet, sans oser l’approcher de l’extrémité de la cigarette. Du contrebas de la rue remontait la clameur de la rue, le refrain d’une chanson en vogue.
C’était toujours au détour d’une seconde volée qu’elle lui posait la question.
« Tu m’aimerais plus si je n’étais pas à moitié Lyme ? »
Alors Marilyn la regardait longtemps, avant de simplement répondre :
« Non.
- Pourquoi ?
- Jane, je ne suis pas revenue pour toi.
- Elle est aux trois-quarts Lyme, tu sais.
- Je m’en fous.
- Parce que maintenant, tu t’en fous ?
- Si c’est elle, je m’en fous.
- Mais pas moi ?
- Fais pas semblant d’être choquée. Je suis pas venue te tenir la main, putain. » finissait par s’impatienter Richardson, et c’était comme une formule magique.
La vieille qui avait entendu le gros mot venait lui gifler l’arrière du crâne en vociférant tandis que Marilyn menaçait de lui foutre le MIB sur le dos si elle continuait à gueuler, et soudain Jane éclatait de rire. Tout revenait à sa place, et l’enfant sur ses genoux.
L’enfant et sa peau bleue, la même teinte que sa mère - claire.
Stellaire.

Quand elle était imbibée, Richardson l’appelait son morceau de ciel.
@chap1
Awful
Revenir en haut Aller en bas
beaucoup de gens se sentent mal dans leur peau • solo
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» Dans la peau de JCVD
» Histoire de se sentir bien…dans sa peau.
» DANS LA PEAU D'UN AUTRE de Xavier Müller
» une jolie fleur dans une peau de vache............
» DANS LA PEAU DE MERYL STREEP de Mia March

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
code cosmo :: Cosmopolis :: janha district :: résidences-
Sauter vers: