Année 1983, David, Derrick et Dustin, passionnés par la science-fiction et la pop culture, décident d'envoyer un message dans l'espace grâce à un ordinateur sophistiqué depuis leur petit garage à Cosmopolis, dans le Connecticut. Puis c'est parti en couille.Plus de trente ans après, grâce aux exploits informatiques des "3D" (pour "Three Dicks"), les aliens foulent enfin le sol terrestre ! Mais à quel prix ? C'était à l'époque une simple passion. Ni femme, ni emploi, David, Derrick et Dustin ont passé le plus clair de leur temps (et leur vie) à étudier l'espace et la possibilité de la vie ailleurs que sur notre belle planète. Sans diplômes ou certificats, ils se contentent de concevoir des ordinateurs et autres softwares chez eux dans le seul intérêt d'envoyer un message au-delà de la surface terrestre. Ils l'ont appelé Code Cosmo en hommage à leur ville chérie (c'est faux, ils n'ont juste aucune imagination), Cosmopolis.
MERCI DE FAVORISER ANTIS
dabberblimp"



 

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[!] Did you unearth my uncle with a bouquet of flowers xx ft. Styx, Lazar & un cadavre (ou presque)

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Mar 28 Aoû - 15:56
Did you unearth my uncle
with a bouquet of flowers
[...] Elle était plus pâle que le couteau qui lui tranchait la chair ➤➤ [Musique]
Iphy
Styx
Lazar
➤➤ 1081
Conversation écrite, un peu avant le milieu de la nuit.
« Je ne sais pas qui vous êtes, mais… Hyacinth m’a dit de vous contacter si quelque chose n’allait pas… »
« Je sais que c’est un peu étrange, mais je sais quand les gens de ma famille sont en danger… Est-ce que vous avez des nouvelles ? »



« Ok. Je pense que je sais à peu près où il est… je vais aller voir. Si vous voulez, retrouvez-moi ici. »

image.jpg





Aimer à s’en fendre les lèvres,

C’est ce qu’Iphigénie se murmure alors que ses pas marquent le sol meuble de la banlieue, et le prénom dans son cœur pèse bien plus lourd que les étoiles sur les épaules,
Ses mains s’égarent sur les murets des dernières maisons, s’écorchent pour la maintenir vivante, pour tenir la crainte à distance – sa poitrine tonne beaucoup trop fort pour le reste de son corps, jusqu’à ce que ses genoux s’arquent et que ses chevilles foulent le gravier puisqu’elle n’est pas assez petite pour disparaître au creux du monde,

Elle a trop grandi d’un coup, Iphigénie.
Supporte mal ces responsabilités auxquelles la situation la contraint,
Elle ne devrait pas être ici.

Elle le sait Iphigénie, oh elle le sait qu’elle devrait être ailleurs, sans doute entre ses draps ou entourée des chiots de la dernière portée, elle ne devrait pas sentir l’odeur de l’humus et de la terre battue mais celle de la cannelle et de l’oranger, du petit encens à la sauge qu’elle brûle tous les soirs avant d’aller dormir ;
Elle le sait sans aucun doute mais sa peur n’avait pas été assez forte pour l’empêcher de suivre ses intuitions – les chrysanthèmes qui ont poussé sur son poignet droit ne la trompent pas même un seul divin instant,
Son oncle est en danger.

La nuit était tombeau, elle coupait ses rêves d’enfant avec un couteau de diamant pâle et peut-être Iphigénie aurait-elle fait demi-tour si elle avait été seule ; elle ne connaissait pas ce quartier-là de la banlieue et ne s’était jamais égarée à Serissa la nuit, malgré son sang de lyme. Mais, derrière elle, elle entend fleurir sur le sol l’écho circassien des deux êtres qui la suivent, et le son la rassure – elle s’y accroche comme si elle avait été contrainte au silence de ses propres lèvres.

Elle ne connaît rien des deux êtres qui l’accompagnent, sinon leur patronyme.  Elle ne s’était pas attardée sur leurs visages pour ne pas s’effrayer davantage, ne s’était interrogée ni sur leurs fonctions ni sur leurs relations avec son oncle, elle s’était contentée de leur imposer sa présence et de détailler son existence, « Je suis sa nièce » avant de cavaler vers la forêt ;
Elle n’aurait jamais pu retrouver Hyacinth seule, elle le sait.

Peut-être à cause de la crainte, peut-être à cause d’une autre émotion également, qu’elle n’avait pas su définir et qu’elle n’avait à vrai dire aucune hâte de définir, tant son cœur paraît lourd dans sa poitrine chaque fois qu’elle imagine la carne pâle et la haute stature de son oncle.  Alors elle avait fixé le rendez-vous à l’orée de Serissa, avait passé un pull par-dessus son pyjama, glissé une lampe torche dans la poche de son pantalon, et elle était sortie.

Et par les lymes, que diable son oncle était-il venu faire ici ?
… Y était-il venu de son plein gré, au moins ?


Désormais la terre meuble crisse sous ses chausses au même rythme que les insectes qui avidement s’égarent à chanter ce soir, Iphigénie dévale les roches et les sentiers inconnus sans prendre garde aux racines qui roulent entre ses doigts. Il n’y avait en cet instant aucun souvenir plus vif sous la chair de la jeune enfant que le lointain sourire de Hyacinth, que le plissement des tissus sous ses bras et le roulement d’une épaule contre ses petites cuisses, lorsqu’elle s’égarait à lui grimper dessus quand elle était enfant ; il n’y avait rien de plus vif que sa mémoire dont elle sentait s’égrenait chaque fragment comme des grains de sable, comme s’il était déjà trop tard ;

Elle avait déjà perdu sa tante. Dia.
Elle se refusait à le perdre lui aussi.

Alors l’enfant se faisait plus sérieuse, plus hardie dans l’effort alors qu’elle s’enfonçait dans la forêt, ignorant presque la présence des deux ombres derrière elle ; les arbres devenaient extension de son propre corps, la végétation se chainait à ses chevilles et à ses poignets dans une danse chaotique qui n’avait comme fin que le début de sa propre existence (elle ne marchait plus, elle dansait – et chaque pas l’emmenait un peu plus vers une mort délectable) ;

Elle souffrait aussi. Le monde n’était plus que douleur alors que les fleurs se saisissaient un peu plus de sa peau.
Sans doute ne devrait-elle pas utiliser son pouvoir avec tant d’avidité, mais la jeune fille écoutait chaque sensation, chaque impression même la plus subtile avec un sérieux peu habituel. Elle sentait les fleurs croitre alors qu’elle suivait son intuition dans le creux des bois, les chrysanthèmes fleurir le long de son bras puis de son poignet, les rubans amarantes se dessiner le long de son bras, tomber sur la terre ;
Elle ne voyait plus rien de son œil gauche (une fleur devait avoir poussé là aussi), mais elle s’en foutait.
Mon dieu, ce n’était pas normal, mais elle s’en foutait.
Il n’y avait que ce nom, au bout de ces lèvres. Cette même litanie un peu sauvage, teintée du linceul de jours achevés.

Hyacinth.
Hyacinth.
Hyacinth.
Mon oncle.

Alors elle sent ses pieds s’enfoncer dans la terre nue et battue par une averse récente, elle hume l’odeur d’argile et de sève qui se gorge dans le creux de sa carne et elle avance, scrute le tronc des arbres ; elle devrait déjà le voir, ils sont proches et elle le sait, mais elle ne voit rien. Ses pas l’emmènent une fois, puis deux, autour du même lambeau de terre, puis elle s’immobilise ; seule, elle n’arrive à rien. Alors elle se retourne lentement et, lampe torche entre les doigts, murmure ses doutes à ses comparses d’un soir :  

— C’est quelque part par ici !

D’une voix si rauque et si brisée qu’elle s’apprêterait à vaciller à tout instant,
Et une terrifiante litanie s’invite en maître dans son esprit alors qu’elle recommence à scruter la terre,

Sois en vie.
Sois en vie.
S’il te plait,
Sois en vie.



Ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...] Ⓒ Alcyon
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Mar 28 Aoû - 18:02
on voyait se dérouler aux lèvres d'iphigénie le souffle d'une ingénue, elle avait la beauté des innocents salis par la tragédie, trop pure encore pour se souiller de mort
c'était triste d'y voir fleurir des chrysanthèmes.
dans le soir à l'agonie styx avait les bras chargés de roses au charme affadi par les brumes parmes de leurs angoisses ; jusqu'au sépulcre végétal elle tapissera le sol de fleurs pour en laver les impuretés
car les pins aux cimes bleues avaient les racines nourries de mille crimes. la forêt était rouge quand les arbres s'effeuillaient des meurtres qu'on y cachait, car la mousse sous leur pieds étaient abreuvée de la moelle de ceux qui s'étaient égarés là
oubliés là où les branches rencontrent la nuit.
dans les feuilles le vent jouait d'inlassables requiems.

ils étaient bien loin des chemins pavés d'espérances qui crèvent les sous-bois : ici il n'y avait que leurs trois respirations pour fendre l'air opaque et chasser les nuages.
dans le silence on écoutait mieux les murmures des rosiers ou des supplications, et dans les bois on sentait le sang autant que les cyprès. on étouffe quand on s'égare dans les forêts-cimetières. styx avait les yeux bordés d'incendies quand parfois elle se tournait vers lazar, comme un gardien de marbre à ses côtés (bien vite rongé par le lierre et les fougères)
elle pose une main embrasée sur l'épaule d'iphigénie

très bien. on va s'en occuper à partir d'ici, merci de nous avoir guidés.

c'était un tombeau à l'odeur musquée d'humus, couronné de ramures vertes à la césure du ciel ; le voilà dissimulé des lumières aveuglantes dans une prison de terre qu'on ne saurait fleurir.

ça va aller, ne t'en fais pas.

styx voudrait lui sourire mais elle n'y arrive pas : la rosée avait cadenassé ses lippes d'une mélancolie bleue.
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Mar 28 Aoû - 18:48


Did you unearth my uncle with a bouquet of flowers
ft Iphigénie, Styx, Hyacinth
Le romanesque avait toujours sa place, se disait-il.

Avec Lazar le romanesque ne connaissait pas de répit et se déclinait à chaque occasion et à chaque motif. Le moindre prétexte lui suffisait à l'invocation car il le chérissait avec ardeur, qu'il soit approprié ou grotesque, alors il était venu ce soir-là, avec un bouquet de roses écarlates.

Il en aimait le rouge profond, si profond à certains endroits qu'il épousait le noir comme le sang appelle à la mort et quand il fut arrivé, il en fit cadeau au seul être digne d'une telle attention. 

Lazar fixa Styx avec des orbes de feu, mais il n'était pas une vulgaire bête qui sombrait sans cesse à ses désirs. Il se contrôlait très bien au contraire, mais avant le froid glacial qu'obligent les impératifs, il s'autorisa un bref interlude. Parce que le romanesque avait toujours sa place.

- Tu es belle ce soir. Si belle que même les roses palissent devant toi.

Toute la chaleur dont il était doté s'évida dans ce compliment et Lazar ne s'éparpillerait désormais plus - il s'était mis en orbite sur son objectif et ne tournerait plus qu'autour de lui. Il ignorerait la jalousie et sa propre motivation rétive pour ne se concentrer que sur cette chasse étrangère. D'ordinaire, il traquait les humains, pas les siens et jamais ses collèges. Mais soit.

Lazar cessa de regarder Styx, observa l'autre dans tous les détails qu'il pourrait voler à la nuit. Il chercha des secrets à ses nuances, des signes alarmants et le précipice d'un piège, mais il ne lui sentit rien d'autre que l'odeur de la peur. Elle n'avait pas la carrure des loups qui se déguisent en agneaux, ni le ton mielleux des chiens qu'on envoie amadouer les meurtriers. La marche à suivre ne semblait pas définie, elle fut empressée et traça son sentier à l'arrache. Elle était inoffensive alors les muscles de Lazar se relâchèrent tous en même temps et les nerfs de son poing cessèrent d'être crispés.

Elle avait été prosaïque ; Tant mieux Lazar détestait ceux qui s'étalaient pour rien et il la suivit à l'intérieur de la forêt en trouvant qu'elle cavalait vite mais bizarrement et cela l'impatientait qu'un chiot de chasse maladroit doive guider la meute.

Pourtant, la forêt était son domaine et Lazar fut forcé de le reconnaître. Par moment, il eut l'impression de suivre une dryade, mais ne s'attarda jamais longtemps sur la comparaison ; il devait éviter les racines, les roches, faire attention à ce sol inégal par endroit et regarder loin devant pour ne pas que le danger le surprenne parce qu'il n'avait aucune idée de la situation dans laquelle se trouvait Hyacinth.

Ses pieds foulaient la boue, car la pluie avait battu la forêt il y a peu et cela l'énervait. La semelle de ses chaussures trop plates ripait quand les surfaces étaient trop lisses, se déformait quand il y avait trop de relief et plusieurs fois Lazar se mit à maudire cet air d'une insupportable fraîcheur qui lui emplissait les poumons.

Puis la course cessa subitement. Lazar remarqua qu'ils étaient au milieu de rien et dans l'obscurité il ne discerna aucune présence hostile ou amicale parmi les branches. Dans le silence soudain, il sentit ses pensées vrombir comme un essaim dérangeant et frustré, il sentit son courroux s'élever comme une marée soudaine. 

Lazar darda son regard sur Iphigénie qui ne le remarqua sans doute pas. Elle sentait le sol, détaillait les troncs d'arbre dans une étrange communion, la même que lui avait avec ses crânes et ses cadavres. Mais dans son impatience Lazar ne fit pas le rapprochement, il ne se concentrait que sur la chaleur volcanique de ses bras, l'éruption imminente mais elle s'immobilisa et sa colère gela d'un seul coup.

Elle disait ici, mais Hyacinth n'était nulle part. Hyacinth était invisible, dissimulé à la vue de tous et Lazar se demanda s'il s'était métamorphosé en petite pousse.

Ca aurait été un bon débarras.

Mais les choses n'étaient jamais aussi simples. La satisfaction ne serait jamais aussi facile et Lazar regarda la terre fraîche comme si animée d'une conscience, elle lui aurait indiqué où trouver son collègue.

Il y avait un embryon de réponse qui s'offrait à eux, mais Lazar aurait préféré le tuer dans l'oeuf. L'évidence était pourtant là, devant eux, ils avaient plus ou moins tous compris. Et ça serait lui, car jamais il ne laisserait Styx s'abaisser à si basse besogne quand son office à elle était de régner et la petite mettrait trop de temps.

Pour toutes ses peines, Lazar espéra au moins le trouver mort. 

Voilà qui aurait pu le consoler tandis qu'en s'agenouillant dans la gadoue, il adressa un adieu silencieux à son pantalon de velours et ses chaussures en cuir de crocodiles, elles, avaient déjà un pied dans la tombe, mais Lazar les pleurerait plus tard.

- Continue de bien m'éclairer veux-tu. Et quand on l'aura trouvé tâche de ne pas me vomir dessus.

Ses mains plongèrent dans le sol et il se mit à creuser avec un rythme d'une régularité mécanique. Ses doigts jouèrent la mélodie d'une terre humide qu'on retourne et il put sentir les sédiments s'enfoncer sous ses ongles. 

Il ne dit rien et imagina simplement le cadavre d'Hyacinth qui l'attendait à bras ouverts.

Une lame sans manche découpa un sourire sur son visage quand enfin, il lui sembla apercevoir un bout de peau qu'on avait enseveli. Lazar redoubla d'ardeur en ignorant ses découvertes progressives. Il voulait avoir la surprise et la joie de contempler le tableau en entier, dans toute sa splendeur morbide.

Mais quand Lazar renifla l'air à la recherche d'une délicieuse odeur rance et pourrie de cadavre. Il ne trouva rien et cette constatation lui arracha une plainte muette. Il continua en silence.

Quand tout fut fini, il se recula et vit un corps horriblement disloqué qui le fit frémir. Ce travail macabre manquait cruellement d'élégance.

- Il m'a l'air plus mort que vif. Peut-être qu'on devrait le laisser se reposer dans son lit de terre.

Les plaies d'Hyacinth paraissaient plus vivantes que lui. Ici-bas, il ne paraissait être qu'un sac d'os, égrené et amputé de toute sa partie gauche, qu'on avait recouvert d'une peau tuméfiée et d'une cloque de bourbe.

Lazar s'étonna qu'aucun insecte n'ait fait un festin de ces restes et plus il observait son collègue horriblement mutilé, plus il le prenait en pitié.

Lazar se souvenait de leurs traques. Hyacinth était un bon chasseur, mais à présent, il n'était qu'une victime estropiée. Et il n'y avait rien de plus tragique qu'un prédateur privé de son corps. C'est comme si on avait pris la moitié de tout ce qu'il est.

Dans son immense grâce, Lazar se trouva la force de lui faire une faveur. Une faveur de rapace à rapace.

Je devrais l'achever ici et maintenant. À quoi bon vivre quand on a perdu une aussi grosse partie de soi-même ? L'existence devient pire que la mort. Nous lui rendrions service.

Sa tombe était déjà prête.

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Mar 28 Aoû - 19:34
il n'est pas question de livrer le monde aux assassins d'aube
( musique ) hyacinth a vu la hache s'abattre, il a senti la lame - il en a versé des larmes.
des salines qui s'écoulaient sur un visage déjà trempé, bafoué d'un honneur toujours vivant même si lui advenait à mourir.
il n'a pas parlé.

il n'a rien dit, dans cette souffrance obscure qui ont fait tremblé ses entrailles il est resté dans un silence immuable, il a enchaîné ses mots et avalé la clef pour ne pas qu'il cède : pour ne pas avoir la tentation de trahir et que le sang coulé soit sali de ses bassesses.

c'est un bon soldat, une bonne fourmi ouvrière qui offrirait sa tête pour sa reine mais il semble que vous avez préféré son bras sans vous concerter auparavant.
après tout, que vaut la parole d'un mort ?

à vos yeux, c'était sûrement ses derniers hurlements, ses dernières inspirations, son dernier écho de vie - mais il s'accroche hyacinth, il ancre ses racines dans une terre qu'il bénit et qu'il aime contrairement à vous humains.
et il le dira quand il sera de retour parmi les siens, s'il est toujours vivant c'est que la mère vétuste et grouillante a accepté de porter cet embryon d'existence qu'il lui restait.

mais pour l'instant ses lèvres sont scellées et avides d'air parce que cette poche crée par la végétation des sous-sols (d'un enfer dont il est le roi) ne lui suffira pas à vivre encore bien longtemps.

il ne le sait pas mais c'est une bénédiction quand revient la lune sur son minois détruit, et qu'il y'a vous, en cérémonie officieuse pour fêter son retour.
il n'est certes pas le plus présentable des hôtes avec ses lagunes tout le long de son corps et de ses vêtements déchirés, mais il est respirant.

parce que dans la terre on veut de la vie, quitte à devoir plonger ses mains dans le soufre brûlant.
BY MITZI
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Mer 29 Aoû - 19:12
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[...] Elle était plus pâle que le couteau qui lui tranchait la chair ➤➤ [Musique]
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Styx
Lazar
➤➤ 1279
La terre ne s’était pas faite belle ce soir
Il y avait quelque chose d’inquiétant à la caresser si nue, on aurait voulu la parer de lune ou d’ambres polies, nouer une robe autour de ses hanches pour cacher l’organe nourricier, mais non, elle s’exposait là, belle et sombre comme les crimes qui avaient été commis en son sein. L’humus était si clair, sous la lune, que sa couleur se confondait avec celle du sang, lorsque vos pas ne le marquaient pas de cicatrices éphémères ;
Et vous la violiez, cette terre,
Vous vous apprêtez à lui reprendre ce qui lui avait été si indélicatement confié.

Pourtant nul remord n’était venu ternir votre regard et vous vous teniez, droits et blancs, au-dessus de la clairière que l’enfant avait indiqué un peu plus tôt. Vous ne bougiez pas, respiriez à peine. Sans doute auriez-vous compris plus vite si la stupeur n’avait pas, un instant, figé vos regards et embrasé vos cœurs qui ne réclamaient plus que de se noircir de l’évidence ;

Puis Lazar avait commencé à creuser.
Les fleurs pâlissaient entre vos bras, le rouge sanglant des roses se fardait de chrysanthèmes maladifs.
Angoissiez-vous ? Connaissiez-vous déjà le dénouement de cette funèbre histoire ?

Muette, Iphigénie contemplait l’aimée sous ses pieds et peu importe combien elle aurait voulu parler, rompre le silence instauré par sa propre présence : son cœur s’était scellé et ses lèvres saignaient de tant trembler sans prononcer la moindre syllabe ;
Les larmes humidifiaient ses joues mais la jeune fille ne pleurait pas encore. Aucun sanglot ne secouait sa poitrine d’angelot fragile. Il eut même semblé qu’elle ne respirait plus tant ses poumons se refusaient à faire trembler le moindre centimètre de carne,
Et pourtant, Iphigénie comprenait lentement où ils se trouvaient.

Les yeux tournés sur le sol et les chevilles solidement cadenassées au tombeau de la terre – la dernière demeure de Hyacinth.

Il était enterré là, rien d’autre n’expliquait que son oncle soit si présent autour d’elle et pourtant nulle part à la fois. Les chrysanthèmes sur sa peau ne la trompent pas. La forêt n’est rien que cimetière malgré les couleurs dont elle se pare, il n’y aura aucun myosotis pour relever le fade de la terre, peu importe les jonquilles et les camélias ou les lierres qui s’entrelacent en de douces danses, peu importe les oiseaux qui viendront fleurir ce délicat jardin ;

Et la douleur se fait si forte qu’un instant Iphigénie songe qu’elle devrait s’enraciner là, retourner dans la terre des siens puisque ce monde est manifestement trop cruel pour qu’elle y vive. Délicate fleur parée de tragédie qui se refuse à mourir mais songe à partir. Qui la jugerait, après tout, si elle se retournait en hurlant ? Si elle décidait de s’enfuir dans les bois, qu’elle courait devant elle jusqu’à ce que les racines brisent ses chevilles et que les roches transpercent ses poignets ?

Pourtant elle s’y refuse. Peut-être la vie de son oncle dépend-elle de sa présence, se murmure-t-elle, sans qu’aucun espoir ne vienne bleuter ses iris fanés.

Elle tient la lampe tremblante comme Lazar le lui a demandé mais la lueur reste fixe, malgré celle de son cœur qui s’éteint. Du « ça va aller » de Styx elle ne fait pas grand fi, Iphigénie, parce qu’elle sait très bien que ces paroles, destinées à la rassurer, ne s’étaient pas accompagnées d’un seul sourire ni d’une seule vérité. Elle n’avait même pas eu besoin de la regarder pour savoir que Styx mentait, et qu’elle se mentait à elle-même aussi.

Rien n’ira, non.
Et à la prière « sois en vie, s’il te plait, sois en vie » s’ajoute une nouvelle pensée contre laquelle elle ne peut lutter,
« Dans quel état seras-tu, Hyacinth ? »

Alors, par la suite, jamais Iphigénie ne saura dire si Lazar était resté agenouillé pendant quelques secondes, ou pendant plusieurs heures. Seulement se souviendra-t-elle de cet instant où elle avait relevé les yeux, lorsque l’homme s’était écarté de la tombe et avait emmené, avec sa lame, le plissement de ses rêves brisés.

Bleu.
Tout était d’un bleu éclatant, écœurant. Viscéral que toutes ces nuances d’ellébores et de myosotis déposées sur le corps sans symétrie aucune, laissées à découvrir dans la larme de la nuque – os déplacés, cloques béantes où devrait se trouver la chair ; dans sa démence, l’œil unique de la jeune fille ne parvenait plus dans sa démence à discerner où s’achevaient les plaies et où subsistait encore la peau ;
Ne voyait plus qu’un visage au milieu du carnage, certes défiguré mais toujours aussi aimé ;
Hyacinth.

Alors Iphigénie commence à pleurer, silencieusement parce qu’aucun sanglot ne parvient à percer l’étau de plomb autour de son cœur,
Et, malgré les demandes du pelleteur, elle vomit – et il n’eut pas été tout à fait exact de dire qu’elle ne vomit sur personne. (rip ton pantalon de velours, keur keur)

Sans doute se serait-elle laissée mourir si elle n’avait pas perçu cette mince respiration qui avait déchiré la poitrine de l’alien, si les racines de la forêt ne s’enroulaient pas autour de ses chevilles comme pour la protéger,
Rien ne l’atteignait plus.
Seuls les mots de Lazar, obélies déposées sur la pierre tombale, parvinrent alors à déchirer l’étrange torpeur qui avait saisi ses pensées.

— […] Je devrais l'achever ici et maintenant. À quoi bon vivre quand on a perdu une aussi grosse partie de soi-même ? L'existence devient pire que la mort. Nous lui rendrions service.

Eut-il fallu que chaque souffle soit plus lourd dans sa poitrine ?
N’avait-elle pas honte que sa respiration soit si légère, presque suspendue ?
Si elle n’agissait pas, son oncle mourrait, et peu importe que la main assassine soit la sienne ou celle de l’homme à ses côtés.

La jeune femme lève ses doigts jusqu’à sa propre joue, et c’est d’une claque qu’elle se décide enfin à reprendre conscience.
Son oncle vit.
Peu importe à quel prix, peu importe pourquoi – les questions viendront plus tard, elle le sait déjà –, peu importe ce qu’il faudra faire pour le sauver, son oncle vit.
Et il continuera à vivre.

Alors le murmure fleurit sur sa bouche, impérieux, puis devient l’ordre d’une reine.

— Non.

L’oiselle se redresse, chrysanthèmes plus ternes que jamais ; posant une main ferme sur le poignet de Lazar pour tenter de le tirer vers l’arrière, avant de répéter d’une voix grave :

— Juste, non.

Elle n’avait jamais été affirmée la petite Iphigénie, s’était toujours contentée de ne vivre que d’un pied en souhaitant que rien n’ébranle son si doux équilibre ; et pourtant, à cet instant, sa voix s’était parée d’une résolution désespérée. Peu importe à quel point elle se battait face à des forces qui la surpassaient, peu importe à quel point elle devrait souffrir face à des êtres qui la surpassaient, tant que le mince embryon dans la poitrine de son oncle s’hasardait encore à battre. D’un geste maladroit, l’oiselle se glisse alors au bord de la tombe, s’accroupit, puis pose ses mains sur le bras droit de son oncle pour s’essayer à le tirer vers la surface ;

Utilisant son peu de force pour le sortir de sa tombe, jusqu’à ce que d’autres mains s’égarent enfin à l’aider.

Elle ne saurait dire si elle avait réussi à soulever son oncle, ne serait-ce qu’un peu, ou si seuls Styx et Lazar l’avaient éloigné de sa tombe ; mais alors qu’elle se redresse, le poids de Hyacinth lui est brusquement ôté des bras et elle bascule, jusqu’à ce que ses chevilles se heurtent sur les racines et que son front effleure la terre meuble.

Elle y resterait bien là pour mourir.



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Ven 31 Aoû - 2:00
styx aurait levé des mains d'iphigénie tous les fardeaux, pourtant elle était de ces lueurs qui ne sauraient flancher, gavée d'amour pour tromper les jours sombres.

lazar, sois gentil avec elle s'il te plait.

les bras croisés au-dessus de la tombe qui se creuse elle était de ces reines qui ne flanchent jamais, pour guider de leurs mains de plomb les damnés et les vivants.
elle s'avilissait peut-être de tendresse.

assoupi à la chaleur de la terre il semblait attendre qu'on le découvre, hyacinth avait la pureté des lys qu'il est encore trop tôt pour mettre au tombeau, trop propre encore pour rejoindre tant de cadavres qui nourrissaient les racines des chênes. dans la froideur de sa peau il y avait de la vie : avivée peut-être par la terre qu'il avait nourrie de sa chair.
au rythme frêle de sa respiration il y avait cette blonde antigone aux genoux salis de terre, couverte de fleurs et de bravoure, prête à le tirer des enfers impétueux pour encore un peu d'euphorie.

même s'il était mort, il ne mérite pas qu'on le laisse ici. je vais le porter, on doit le ramener à apex.
elle se penche comme une perséphone pour prendre hyacinth dans ses bras et le porter contre son coeur ; elle était statuesque et dans ses bras il avait la légèreté des aubépines trop vite fauchées (trop pleines de rouge).

personne n'achève personne. il n'y a pas à en discuter.

elle dompterait les passions barbares. dans la tombe vide elle jette le bouquet de roses pour en embellir les sacrilèges.

iphigénie, ça va ?
les voilà fanés les chrysanthèmes, engloutis par la forêt.
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Ven 31 Aoû - 4:07


Did you unearth my uncle with a bouquet of flowers
ft Iphigénie, Styx, Hyacinth
Lazar ne bougeait pas, les phalanges brûlantes et une pression franche sur les muscles ; Sa détente n'en serait que plus vive. On le retenait. Une force chétive s'opposait à lui, elle n'était pas suffisante pour l'arrêter. Pourtant, son bras demeura immobile, pétrifié par les paroles de Styx et Lazar l'observa cueillir Hyacinthe dans sa tombe et le prendre dans ses bras.

Il la regarda faire avec le silence mutique de ceux qui cherchent à comprendre quelque chose qui les dépasse complètement. Continuer à perdurer si jamais on devait l'arracher à sa propre chair lui paraissait complètement inconcevable, car on ne remplaçait jamais ce qui avait été perdu.

Lazar aimait son propre corps comme il aimait Styx et si par la force des choses, il devait en perdre n'en serait-ce qu'un, alors il précipiterait sa fin sans même hésiter.

Il sentait sa compassion indésirable, profondément incompatible de celles qu'avaient ses deux compagnes du soir, alors Lazar l'enterra en même temps que Styx jeta ses roses et il sentit une jalousie corrosive l'envahir.

Sous le coup de l'émotion soudaine, son poignet était devenu d'une insupportable raideur qu'il fallait absolument soulager. Comme il ne pouvait pas il respira plutôt longuement, une fois, deux fois, trois fois et remarqua enfin qu'il y avait des traces de vomi sur ses habits.

Il toussa et eut un rire très sec. 

Il ne fallait pas la décaniller. Il fallait qu'il soit gentil, on le lui avait demandé. Alors il s'efforcerait d'être bon et de ne fracasser aucun os ce soir, de ne pas maintenir le visage d'Iphigénie dans le sol boueux jusqu'à ce qu'elle s'étouffe et gargarise une symphonie qu'il avait terriblement envie d'entendre. Non. Non il ne fallait pas.

Quand il étendit sa main, ce fut seulement de tendresse, et il l'aida à se redresser.

- Pardon Iphigénie, tu as été très courageuse ce soir en tout cas. Félicitations ma petite. C'est toujours difficile d'avoir l'un de ses proches en danger. 

Il s'était baissé pour mieux la regarder, lui trouver des qualités rédemptrices pour l'absoudre de ses crimes et il aima profondément la révolte d'un peu plus tôt. Dans son désespoir, elle avait trouvé un semblant d'étincelle et sous cette lueur, elle n'avait pas eu mauvaise mine.

Lazar se raccrocha à cette conviction intime pour éteindre son brasier de colère.

Dans l'emportement, aucun être ne pouvait être laid.

Sauf avec de la terre sur le front qui la rendait un peu vilaine. Lazar n'aimait pas les tâches qui osaient être d'une autre couleur que le rouge alors il sortit un mouchoir en soie de sa poche arrière, et avec tendresse, il s'efforça de les retirer.

- Moi, j'ai perdu mon frère il y a plus de vingt ans. Un autre erog l'avait mangé.

Il aurait tout aussi bien pu dire qu'il faisait beau, son ton n'aurait pas été différent. C'était le propre de Lazar d'énoncer des horreurs comme des banalités.

Mais lui omettre la joie profonde qu'il avait ressenti dès lors qu'il l'eut appris lui parut évident, tout comme révéler l'identité de son assassin qui était à quelques mètres d'eux.

Quand il eut fini, il se redressa de toute sa taille et fixa Iphigénie. Dans l'inconstance de ses ardeurs, il décida de lui accorder une affection toute relative, qui était d'autant plus facile sachant que cela plairait à Styx.

Styx qu'il n'osait plus fixer. Sans doute pour ignorer le fait qu'elle tenait un corps honni entre ses si belles mains et si près de son sein. Lazar ne rêvait que de le lui ôter et rien que l'imaginer lui était d'un supplice insoutenable.

Il brisa le silence pour adresser une supplique.

- Un être si laid n'a pas le droit de se trouver entre tes bras Styx. Laisse-moi le porter pour toi.

Lazar regarda Styx de nouveau et comme il se l'était imaginé, ne supporta pas de voir sa beauté complètement désacralisée par une entité aux portes de la mort.

- Je serais aussi doux avec lui que tu l'es, je te le promets. Laisse-moi le porter pour toi.

Il examina Hyacinth en se disant qu'au nom de Styx, il saurait trouver dans les tréfonds de son âme un peu de tendresse à lui accorder. Mais seulement une fois qu'il serait dans ses bras à lui.

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Sam 3 Nov - 14:02
Did you unearth my uncle
with a bouquet of flowers
[...] Elle était plus pâle que le couteau qui lui tranchait la chair ➤➤ [Musique]
Iphy
Styx
Lazar
➤➤ 994
Laver la terre
Laver les ombres

La forêt est bien étrange ce soir, elle murmure des poèmes assassins sous ses paupières ; l’effigie ne sait plus si elle se bat ou si elle s’effondre, c’est peu dire que tout tourne trop vite pour elle – elle se sent lourde et si collée à la terre que des pierres paraissent chainer ses poumons. Iphigénie était tombée sur le sol et elle y restait bien là, mourante et pourtant si atrocement vivante (il faut bien dire que l’agonie drape les morts de toutes leurs hypothèses de vie : il n’y a rien de plus existant qu’une gorge qui s’étouffe et que deux lèvres qui s’entrouvrent),

Il y a cet étrange temps de suspension du corps, cet entre-deux entre le néant et le tout, cette sensation de danser et de se trainer à la fois, d’éterniser la douleur sur ses ongles retournés ; la terre était pâle sur son front parce qu’elle repoussait encore toute possibilité de mort, mais l’oiselle sentait sous elle des milliers de larmes et de lames et de démons à la langue pointante et aux yeux de cendre,

Elle était tombée.
Elle était tombée.
Elle était tombée.

Et pourtant elle ne doutait pas une seule seconde de pouvoir ensuite se relever.
De pouvoir sabrer la terre de larmes claires si par la suite elle ne parvenait plus à rire, tant que quelque chose en elle (douleur comme accordance) l’ancrait encore dans l’immense expérience que pouvait former la vie.

Il n’y avait en elle ni le courage des grands guerriers, ni le charisme des hommes politiques, mais elle luttait de cette petite flamme qui était sienne, de cette minuscule lueur cadenassée au creux de ses doigts, elle luttait sans brasier et même sans chaleur mais seulement avec la volonté de se rapprocher pour éclairer les cœurs,

Alors quand la main de Lazare se glissa dans la sienne, elle se laissa maladroitement revivre.

Lentement elle se redressait sans entendre les mots qui lui avaient été murmurés, paumes des mains puis genoux se tâchant à leur tour de la terre avant qu’elle ne parvienne à se relever ; il n’y avait eu qu’un seul mouvement de son corps mais un millier d’inspiration et de souffles portaient ses ailes, des centaines de volontés implicites qu’elle avait cultivé en silence pendant des années.
Tu dois être courageuse, Iphigénie. Sauver ceux que tu aimes, parce que tu ne pourras pas le faire en étant faible. Alors inspire. Tords tes lèvres, si tu ne peux plus sourire. Et expire.

Le mouchoir de l’inconnu effaçait les aubépines devenues amarantes sur son front et, en même temps, il lui semblait que quelques de ses doutes s’estompaient. Elle tremblait, elle pleurait en silence, mais elle vivait.  Il y avait peu de chose à distinguer dans cette forme misérable et on eut difficilement pu davantage froisser les plis de son visage ou ceux de ses vêtements, mais elle vivait.

Et, sur ce chapitre-là de sa vie tout du moins, elle n’aurait aucune trahison à ajouter.

Alors pas une seule seconde son esprit ne s’attarda à répondre aux mots de Lazare, pas plus que ses yeux ne glissèrent sur la silhouette recroquevillée et à peine humaine de son oncle ; il y avait déjà sur sa peau suffisamment de chrysanthèmes à nourrir pour qu’elle ne les fleurisse pas avec des peines supplémentaires ou des cauchemars cannibales.

Lèvres tordues et hanches plissées comme si elle devait s’arquer contre le monde lui-même, elle avait alors tracé le chemin du retour,
Elle pleurait mais ne sanglotait pas, ses larmes glissaient sur ses joues et sa blondeur ébouriffée mais pas tout à fait éteinte ; elle avait ces pleurs silencieux de ceux qui se décident à vivre après avoir choisi de mourir,
Et, silencieusement,
Elle tissait avec les ombres.

Ses pas se faisaient hâtifs puisqu’elle n’oubliait rien de la précarité de la situation, elle sentait le souffle de Hyacinth s’amenuiser entre les bras de ses compagnons et parfois elle dérapait dans la boue sans que jamais elle ne s’égare à tomber ; l’urgence avait remplacé la peine, son cœur lui hurlait de ne pas se déchirer et chaque seconde elle s’emmenait un peu plus vers la lumière, puisque les ténèbres cinglaient ses chevilles et la tiraient vers le sol,
Je vous nourrirais plus tard, murmurait-elle. Je vous nourrirais plus tard.

Alors la voilà pâle et tremblante qui effleure feuilles et écorces pour retrouver le chemin qu’elle avait elle-même tracé, trainant dans la boue sa figure d’opprobre éméchée juste pour oublier les fleurs sur sa peau ; et les résolutions, sous ses paupières, s’étaient faites aussi violentes que les cris qu’elle avait poussés.
Elle dansait et elle pleurait, elle marchait et elle rampait, elle souffrait et elle vivait,
Diluée.

Lorsque finalement ses pas l’amènent près de la voiture, elle s’immobilise et aide Styx à ouvrir la portière arrière, fardeau déposé comme un cercueil sur la banquette avec ce mince espoir qu’il ne se fane pas – peut être pourraient-ils le sauver s’ils roulaient comme des dingues et poussaient l’accélérateur à 180,

Et le souffle d’Iphigénie se fait plus court, elle s’appuie contre la portière pour ne pas tomber, dépouillée de cette force viscérale qui lui permettait encore de rester debout. Elle avait fait tout ce qu’elle avait pu. Elle peut dormir, maintenant, et, oh ! Rien ne l’empêchera de dormir plus longtemps. Ses yeux se ferment une seconde avant qu’on ne la jette, elle aussi, dans la voiture, et elle murmure dans une demi-conscience salvatrice :

— Où allons-nous maintenant ? Je… Je peux encore y faire quelque chose ?

Et sa voix se faisait étrange, porteuse de craintes qu’elle avait reniées pendant des années,
Il faudrait à défaut de pouvoir rincer la terre, savoir s’enorgueillir de ses propres démons, se tenir droit et porter la tête haute pour accueillir les peines qui façonnent toute une vie,
Sans qu’aucune autre pensée qu’une seule ne puisse atteindre son joli cœur blond.

Vis, Hyacinth.
Vis.




Ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...] Ⓒ Alcyon
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[!] Did you unearth my uncle with a bouquet of flowers xx ft. Styx, Lazar & un cadavre (ou presque)
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